
- Avant 1871 : thalers, gulden, kreuzers et ducats frappés par les États allemands (Prusse, Bavière, Saxe, villes libres).
- De 1871 à 1945 : mark-or de l’Empire allemand, papiermark, pièces d’urgence, Reichsmark et émissions des territoires occupés.
- De 1948 à 2001 : deutsche mark à l’Ouest, mark de la RDA à l’Est (pièces frappées de 1949 à 1990), plus les séries de la Sarre.
- Depuis 2002 : euros allemands, pièces commémoratives de 2 euros et émissions en métal précieux.
Chercher des monnaies allemandes, c’est entrer dans l’un des domaines les plus riches de la numismatique européenne. Une même vitrine peut réunir un thaler prussien, une pièce d’urgence en fer de la Grande Guerre, un 5 mark de la RDA et un 2 euros dédié à un Land. Pour estimer ou acheter au juste prix, trois réflexes comptent : situer la pièce dans sa période, la rattacher à une référence de catalogue, puis juger son état de conservation. Ce guide reprend ces étapes une par une, avec des repères concrets pour le collectionneur débutant comme pour le numismate confirmé.
Monnaies allemandes par période : le tableau de référence
Le monde germanique n’a connu l’unité monétaire qu’en 1871. Avant cette date, chaque royaume, duché, évêché ou ville libre frappait ses propres espèces, ce qui explique l’abondance des types et l’épaisseur des catalogues consacrés à l’Allemagne. Voici les grandes familles que l’on croise en boutique, en salon ou dans une succession.
| Période | Unités et émissions | Ce que l’on trouve en collection |
|---|---|---|
| Avant 1871 : États allemands | Thaler, vereinsthaler, gulden, kreuzer, ducat, Friedrichs d’or | Grosses pièces d’argent, or princier, frappes de dizaines de principautés et de villes libres |
| 1871 à 1914 : Empire allemand | Goldmark (mark-or), pfennig | 10 et 20 mark en or, pièces d’argent de 2, 3 et 5 mark aux effigies des souverains de chaque État |
| 1914 à 1923 : guerre et inflation | Papiermark, Notgeld | Pièces d’urgence en fer, zinc, aluminium ou porcelaine, billets locaux aux valeurs démesurées |
| 1923 à 1945 | Rentenmark, Reichsmark | Monnaies de la République de Weimar, émissions du IIIe Reich, monnaies des territoires occupés |
| Territoires à statut particulier | Gulden de Dantzig (Gdansk), franc sarrois | Séries courtes, très suivies par les spécialistes |
| 1948 à 2001 : deux Allemagnes | Deutsche Mark (RFA), mark de la RDA | Commémoratives de 5 et 10 DM, petites valeurs est-allemandes en aluminium, commémoratives de la RDA |
| Depuis 2002 | Euro | Séries courantes par atelier, 2 euros commémoratifs, pièces en argent et en or libellées en euros |
Les monnaies des anciennes colonies (Afrique orientale allemande, Nouvelle-Guinée allemande) forment une niche à part, généralement rangée avec l’Empire dans les ouvrages spécialisés.
Repères historiques : pourquoi l’Allemagne a changé si souvent de monnaie
Toute l’histoire monétaire moderne du pays tourne autour d’un même nom, le mark, dont la nature a varié au gré des régimes. Le Goldmark sert d’unité à l’Empire allemand de 1871 à 1914. Sa singularité séduit encore : les pièces d’argent portent au droit le portrait du souverain de chaque État fédéré (roi de Bavière, roi de Saxe, grand-duc de Bade) alors que le revers à l’aigle impérial reste commun. Cette double identité, impériale et régionale, fait tout l’intérêt des séries de 2, 3 et 5 mark.
La Première Guerre mondiale brise cet équilibre. Le papiermark se déprécie, l’argent et le cuivre quittent la circulation, et les municipalités, les entreprises ou les chambres de commerce émettent leurs propres pièces d’urgence dans des métaux pauvres, parfois même en porcelaine. L’hyperinflation de 1923 laisse aux collectionneurs des billets aux montants vertigineux. Le Rentenmark puis le Reichsmark ramènent la stabilité, jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale ouvre la période des émissions en zinc et des monnaies destinées aux territoires occupés.
L’après-guerre installe deux circuits parallèles. En juin 1948, le mark allemand succède au Reichsmark en Allemagne de l’Ouest, avec une subdivision en 100 pfennigs. À l’Est, la RDA frappe ses pièces de 1949 à 1990, majoritairement en aluminium pour les petites valeurs. Le 1er juillet 1990, le deutsche mark remplace le mark est-allemand, préfigurant la réunification politique. La Sarre, placée sous un régime distinct après 1945, laisse de son côté quelques pièces en francs recherchées.
Le deutsche mark reste ensuite la monnaie légale jusqu’au 31 décembre 2001. L’euro prend le relais le 1er janvier 2002, les deux devises cohabitant dans les caisses jusqu’à fin février 2002. Cette succession rappelle qu’une monnaie exprime toujours un choix de souveraineté, un débat que l’on retrouve bien au-delà de l’Europe, comme le montre l’histoire de la monnaie camerounaise.
Typologie des monnaies allemandes : anciennes, modernes, courantes ou rares
La première distinction utile oppose la monnaie de circulation à la monnaie de collection. La première a été frappée pour payer : elle a survécu en grand nombre, souvent usée, et sa valeur dépasse rarement celle du métal. La seconde a été émise pour les collectionneurs (frappes en belle épreuve, commémoratives) ou l’est devenue grâce à un tirage faible, un atelier peu productif ou une conservation exceptionnelle.
Le métal oriente aussi le classement :
- Or : ducats et Friedrichs d’or des États allemands, 10 et 20 mark de l’Empire, émissions en or libellées en euros.
- Argent : thalers, pièces de 2, 3 et 5 mark impériales, commémoratives en deutsche mark, nombreuses commémoratives de la RDA.
- Métaux usuels : cuivre, nickel, cupronickel et laiton des pfennigs et des petites valeurs.
- Métaux de crise : fer, zinc et aluminium des périodes de guerre, sans oublier l’étain de certaines médailles et de nombreux jetons.
Chez la plupart des marchands, le rayon Allemagne englobe aussi les papiers-monnaies, les médailles et les jetons. Ils se classent à part mais complètent utilement une série, surtout pour illustrer l’inflation des années 1920.
| Critère | Pièce courante | Pièce rare |
|---|---|---|
| Tirage | Plusieurs millions d’exemplaires | Faible, ou limité à un atelier et une année |
| État habituel | Usée par la circulation | Recherchée en SUP ou mieux |
| Valeur | Proche du métal ou symbolique | Prime nette au-dessus du métal |
| Où la trouver | Lots, vracs, brocantes | Négociants spécialisés, ventes aux enchères |
Catalogue numismatique : la logique de classement des monnaies allemandes
Un catalogue sérieux trie toujours du général au particulier. La hiérarchie la plus répandue suit cet ordre :
- Pays ou territoire (Allemagne, État allemand, territoire occupé, Sarre, Gdansk).
- Période ou régime politique.
- Souverain ou autorité émettrice.
- Valeur faciale.
- Millésime, puis atelier de frappe.
Pour la période moderne, le catalogue Michel fait figure de référence francophone et germanophone : son édition 2025 couvre les monnaies allemandes à partir de 1871 en incluant les États allemands, les pièces d’urgence, les territoires occupés pendant les deux guerres mondiales, les euros et les pièces commémoratives de 2 euros. Les marchands citent aussi très souvent le numéro Jaeger, une numérotation historique propre aux monnaies allemandes depuis 1871, qui permet d’identifier sans ambiguïté une pièce dans une annonce.
Les bases de données collaboratives en ligne complètent ces ouvrages, notamment pour les frappes antérieures à 1871. Deux astuces font gagner du temps dans leur moteur de recherche : placer une expression entre guillemets pour obtenir une correspondance exacte, et utiliser l’étoile comme joker lorsqu’on hésite sur l’orthographe d’une légende.
Identifier une pièce allemande en cinq indices
Face à une pièce inconnue, la méthode consiste à lire avant de peser. Dans l’ordre :
- La légende : « Deutsches Reich » pour l’Empire puis la période 1919 à 1945, « Bundesrepublik Deutschland » pour la RFA et l’euro, « Deutsche Demokratische Republik » ou « DDR » pour l’Est, un nom de souverain pour les États allemands.
- L’unité : thaler, kreuzer, mark, Reichsmark, Rentenpfennig, pfennig ou euro situent immédiatement l’époque.
- Le millésime : il affine la période et renvoie à un tirage précis.
- La lettre d’atelier : A pour Berlin, D pour Munich, F pour Stuttgart, G pour Karlsruhe, J pour Hambourg, E pour Muldenhütten en Saxe sous l’Empire.
- Le métal, le poids et le diamètre : à comparer avec la fiche du catalogue pour confirmer l’attribution et écarter une copie.
La lettre d’atelier mérite une attention particulière. Pour un même type et une même année, les tirages varient parfois fortement d’un atelier à l’autre, et c’est souvent là que se niche la variante rare qui distingue une pièce de vrac d’une pièce de vitrine.
Rareté et état de conservation : ce qui fait la cote d’une monnaie allemande
La cote d’une pièce résulte de plusieurs facteurs combinés : le tirage, l’atelier, la demande des collectionneurs, le métal et, surtout, l’état. En France, l’échelle de conservation la plus utilisée va de B (beau, très usé) à FDC (fleur de coin), en passant par TB, TTB, SUP et SPL. La belle épreuve (BE) désigne une frappe soignée sur flan poli, destinée dès l’origine aux collectionneurs.
Un écart d’un seul degré sur cette échelle peut multiplier le prix d’une monnaie recherchée, alors qu’il change peu de chose pour une pièce courante. Les cotes publiées restent indicatives : elles donnent un ordre de grandeur, que le marché confirme ou corrige selon la qualité réelle de l’exemplaire et la période. Un nettoyage agressif, des rayures ou une monture de bijou font chuter la valeur, même pour une pièce d’or. Mieux vaut donc ne jamais frotter une pièce avant de la faire examiner.
Parmi les pièces les plus convoitées figurent les thalers et l’or des petits États allemands, les 5 mark en argent de souverains ayant peu régné, les monnaies des colonies, certaines commémoratives de la RDA à faible tirage et les séries courtes de la Sarre ou de Dantzig. À l’inverse, les pfennigs du deutsche mark et les euros de circulation restent abondants, à quelques variantes près.
Acheter des monnaies allemandes ou consulter une collection
Plusieurs circuits coexistent, chacun avec ses avantages :
- Les boutiques numismatiques, physiques ou en ligne, qui classent leur stock par période et par type (thaler, ducat, 20 mark, gulden) et garantissent en principe l’authenticité.
- Les maisons de ventes aux enchères, incontournables pour les pièces rares et les collections complètes.
- Les salons et bourses de collectionneurs, où l’on peut voir la pièce en main et comparer plusieurs vendeurs.
- Les catalogues et bases en ligne, idéaux pour consulter, vérifier une référence et suivre les prix avant d’acheter.
Quelques réflexes limitent les mauvaises surprises : exiger des photos nettes du droit, du revers et de la tranche, vérifier le poids annoncé, privilégier les vendeurs qui acceptent les retours et, pour une pièce importante, demander un avis d’expert. Les 10 et 20 mark en or circulent par ailleurs comme pièces d’investissement chez certains négociants, au même titre que le napoléon. Le marché de l’or physique en France s’est longtemps structuré autour d’acteurs comme CPoR Devises, ce qui aide à comprendre comment se forme le prix de ces pièces. Avant une revente, il est prudent de se renseigner sur le régime fiscal applicable aux métaux précieux et aux objets de collection.
Côté professionnel, la question du change ne se pose plus avec l’Allemagne depuis l’arrivée de l’euro, ce qui simplifie les échanges avec l’un des principaux partenaires commerciaux de la France. Elle revient dès qu’une entreprise vise un marché hors zone euro : notre fiche Monnaie pour Dubaï détaille le cas du dirham, tandis que notre dossier Monnaies mexicaine traite aussi bien du peso actuel que des pièces de collection.
Collection de monnaies allemandes : par où commencer selon son niveau
Pour débuter, les euros allemands offrent un terrain de jeu accessible : chaque valeur existe dans les cinq ateliers, et la série des 2 euros consacrée aux Länder se complète sans gros budget. Les pfennigs et marks de la RFA, faciles à trouver, permettent de s’exercer au classement par millésime et par atelier.
Pour approfondir, les 2, 3 et 5 mark de l’Empire classés par État, les commémoratives de la RDA et les pièces d’urgence constituent des ensembles cohérents, avec un vrai récit historique derrière chaque pièce. C’est aussi le moment d’investir dans un catalogue papier et dans des étuis ou classeurs adaptés à la conservation.
Pour le numismate confirmé, les thalers des États allemands, l’or princier, les frappes en belle épreuve, les essais ainsi que les séries de la Sarre, de Dantzig ou des colonies réservent les recherches les plus pointues, et les plus belles trouvailles.
Que signifie la lettre gravée sur une pièce de mark ou d’euro allemand ?
C’est la marque de l’atelier de frappe : A pour Berlin, D pour Munich, F pour Stuttgart, G pour Karlsruhe et J pour Hambourg. Pour un même type et une même année, le tirage peut varier selon l’atelier, ce qui influence directement la cote de la pièce.
Peut-on encore échanger des deutsche marks contre des euros ?
La Deutsche Bundesbank continue d’échanger les billets et pièces en deutsche mark, sans date limite annoncée à ce jour. Avant toute démarche, vérifiez qu’une pièce n’a pas une valeur de collection supérieure à sa contre-valeur en euros, notamment pour les commémoratives en argent.
Une monnaie allemande en argent a-t-elle toujours une valeur de collection ?
Pas forcément. Une pièce d’argent courante vaut souvent à peu près le prix de son métal, qui dépend du titre et du poids. La prime de collection n’apparaît qu’avec la rareté du millésime ou de l’atelier, ou avec un état de conservation supérieur.
Comment repérer une fausse pièce allemande en or ou en argent ?
Comparez le poids, le diamètre et la tranche avec la fiche du catalogue, observez la netteté des lettres et méfiez-vous d’un prix trop bas. Pour une pièce coûteuse, achetez chez un professionnel qui garantit l’authenticité ou faites-la expertiser avant de conclure.
Quel ouvrage de référence choisir pour cataloguer des monnaies allemandes ?
Le catalogue Michel, dont l’édition 2025 couvre la période qui débute en 1871, convient à la majorité des collections modernes. Les numéros Jaeger servent de langage commun entre marchands, et les bases en ligne complètent utilement pour les monnaies des États allemands antérieures à 1871.

